Les dernières émissions

30-11-12 Genevière Bédènes, Véronique Rivière, Arnaud Dubois, Anne-Laure Fourmont
Quoi de neuf à l’école ?


06-07-12 Nadia Akdoumi
Des paroles de "vingt-févriétistes"


8-06-12 Nadia Akdoumi
MOUÂD LHAKED ou le rap au pays du Makhzen


10-05-12 Radio Citron
L’assassin habite au 21


13-04-12 La vie manifeste
Feu sur le capitalisme thérapeutique !


30-03-12 La patat’ose
De la radio comme club thérapeutique


15-03-12 Julie Tessuto, Vincent Farnéa
Héritages du RATP : autour des mutuelles de sans-tickets


02-03-12 N. Akdoumi-Falah, H. Kodmani, S Habo Hamed, M. Ali al-Atassi
Regards sur la révolution syrienne


3-02-2012 Knowledge Liberation Front (KLF)
Transgresser les frontières par le commun du savoir


Saison 2009-2010
Saison 2008-2009

Zones d’attraction

Kafka et le socialisme libertaire

12-12-08 Michael Löwy

écoutez l’emission en mp3

2ème partie...

C’ est de Kafka qu’il sera question aujourd’hui dans Zones d’attraction. Destinée singulière que celle de l’oeuvre de Kafka : oeuvre classique, archi commentée, et recommentée ; emblème de ceux, pour qui, toute utopie devait fatalement mener à son retournement tyrannique. C’est ainsi que Le Procès ou La Colonie pénitentiaire ont pu être réduits à une description du totalitarisme, et, plus largement, comme autant de coups de sonde portés au coeur du Mal absolu dont le 20ème siècle aurait été le déploiement. Notre invité, Michael Löwy, ne fait pas "la part belle" à ces interprétations théologiques. Pour s’y opposer, il emprunte les chemins difficiles de la biographie, qui l’amènent à découvrir un Kafka sur lequel le socialisme libertaire aurait exercé une puissante attraction. L’épisode anarchiste dans la vie de Kafka nous donne alors la clé d’une ’inspiration libertaire qui traverse l’oeuvre dans son ensemble. Sensibilité critique dont la principale arme est l’ironie, aussi bien que l’humour noir défini par Breton comme « révolte supérieure de l’esprit ».

Se fondant sur témoignages et échanges épistolaires, Löwy déroule ainsi le fil rouge et noir de la sensibilité libertaire de Kafka : l’ anarchisme compris non comme la doctrine d’une certaine attitude envers la classe ouvrière, mais comme défiance continuelle envers le pouvoir institué de l’Etat, cet Etat fut-il constitutionnel. Ainsi, loin de mettre en scène des personnages aux prises avec le cauchemar de l’Etat total, l’oeuvre de Kafka décrit plutôt l’enfer, banal, et quotidien de la bureaucratisation croissante du monde. L’interprétation de cette oeuvre comme relevant d’un « anticapitalisme romantique » ou d’un « anti-industrialisme » peut certes avoir plusieurs versions légitimes. En effet, si l’anticapitalisme romantique est une matrice commune à certaines formes de pensée conservatrices, réactionnaires, et révolutionnaires, et dépasse en ce sens le clivage classique entre la gauche et la droite, il n’en reste pas moins que s’opposent romantisme réactionnaire et romantisme révolutionnaire. Et l’anarchisme, le socialisme libertaire, l’anarchosyndicalisme sont un exemple paradigmatique d’un « anticapitalisme romantique de gauche ». Par conséquent, définir la pensée de Kafka comme romantique ne signifie nullement qu’elle puisse être rangée dans les placards de l’apolitisme. Nous ne pourrons donc pas faire l’impasse sur le romanisme révolutionnaire, dimension chère à notre invité.