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"Les Roms, et qui d’autre ?" La Parole errante, 11 septembre 2010

01-10-10 Eux / Nous

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Suite

Suite à l’avalanche sécuritaire de cet été, le 11 septembre 2010 s’est tenu à la Parole errante à Montreuil, un rassemblement autour de la question : “Les roms et qui d’autre ?”. Cette question se pose bien sûr dès lors qu’elle n’a jamais été celle des roms mais de nous tous. Qui seront les prochains ? Mais surtout, et c’est peut-être la question première, essentielle : qui s’insurgera à leur côté ?

Ce sont des moments choisis de ce rassemblement que nous allons aujourd’hui vous faire entendre.

“Eux et nous” : voilà la division binaire, le partage qui devient la règle élémentaire du discours gouvernemental. L’état de police dans lequel nous sommes est une trame qui n’a pas de fin, et la séparation, la frontière qu’il institue entre « eux et nous » peut s’étendre, se décliner à l’infini et dans toutes les directions. C’est une mécanique qui démultiplie l’exclusion à l’infini. Et ce n’est pas une faible morale antiraciste, prétendant s’opposer à une prétendue montée du racisme populaire, qui pourra s’opposer à cet art de gouverner par la peur.

S’il y a peut-être dans tout ça bien sûr un peu de gesticulation électoraliste, tout ceci confine plus profondément à la montée d’un racisme d’Etat. La république est devenue depuis longtemps l’autre nom de ce spectacle, de ce gouvernement par la peur, et elle s’appuie désormais aussi sur un racisme de gauche.

Derrière le théâtre, le spectacle et le bruit des gouvernants, il y a toute une manière singulière de gouverner, une façon d’avancer toujours plus dans l’étiquetage des identités.

Que faire face à ce lugubre théâtre ?

La critique est là, vigoureuse, elle se développe un peu partout, mais sur quoi et comment peut-elle avoir prise ?

On ne s’en sortira pas sans opposer à cette division, à cette logique administrative, à ce racisme d’état qui sans cesse essaie de privatiser la solidarité, un nouveau “sens commun”, un nouveau “sens du commun”, une nouvelle fabrique de la politique et de la communauté. Un communisme qui puisse se dresser et s’insurger face à l’état de police.

En ce sens, c’est bien de retrouver une proximité aux gestes élémentaires de la politique que nous avons besoin ; des gestes performatifs, des prises ; et qui appellent leur propre théâtre, leur propre mise en scène, et leurs couleurs, leurs propres rythme. Pas d’exil dans le silence ou dans la communauté désoeuvrée. Des communautés silencieuses, il y en a trop. Il faut rompre les exils et les silences au contraire. Rassembler les exilés et les résidus.

Post-scriptum :

Hors-les-rails

par Stéphane Gatti (pour La Parole errante)

A la fin du mois d’Août, des élus de la Mairie de Montreuil ont contacté La Parole errante et son administrateur Jean-Jacques Hocquard pour demander si nous voulions et pouvions faire partie d’une chaîne de solidarité pour accueillir 40 Rroms pendant 15 jours dans nos locaux. C’était la latence de la rentrée. Il faisait encore beau. Nous connaissions l’errance de ces familles à travers la ville depuis un an. Nous pensions que cette initiative de la ville était une reconnaissance de la nécessité et de l’urgence de trouver une solution digne. Pendant cette période, le hasard a voulu que nous accueillions une journée de réflexion sur les Rroms en France et en Europe.

La ville a amené ces familles chez nous dans un grand déploiement de moyens avec camions et personnels. Nous avons vu là les oracles d’une solidarité effective.

Plus de quinze jours sont passés. L’enchaînement des solidarités tarde à se mettre en place. Il semble qu’il n’y ait pas vraiment de chaîne. La ville se retourne aujourd’hui vers les associations en leur demandant de prendre leur responsabilité, qu’elle ne peut assumer tous les malheureux de la terre.

Pour la Parole errante, la question devient difficile à gérer. L’accueil de dépannage devient un accueil maltraitant. Il commence à faire froid la nuit, les conditions sanitaires ne sont pas vraiment réunies pour accueillir ces familles. La moitié des locaux de la Parole errante sont bloqués et les ateliers prévus ne peuvent avoir lieu.

La question se pose avec acuité de savoir comment s’articulent les pétitions de principe solidaire et les réponses concrètes à apporter sur le terrain.

A la Parole Errante, c’est la Parole du poète qui prévaut. Elle a pris la forme d’une pièce de théâtre, « Les 7 possibilités du train 713 en partance d’Auschwitz », qui rappelle que déjà en 1945, il n’y avait pas de solution pour les rescapés des camps d’extermination. De ce train parti d’Auschwitz peu avant la fin de la guerre et dans lequel se sont entassés des rescapés des camps de la mort, on sait seulement qu’il commença à circuler à travers l’Europe en quête d’une ville d’accueil, qu’il fut reconduit sur Vienne, tourna plusieurs fois autour de la ville qui n’en voulait pas, puis disparut on ne sait où ni comment. Dans ce train, il y avait notamment des tziganes. « Où vont les trains hors-les-rails ? » se demandent les personnages de Armand Gatti. C’est dans cet « hors-les-rails » (hors-l’histoire, hors-le-progrès, hors-l’abondance-enfin-promise) que s’avance le train 713. L’histoire dit qu’il s’est perdu. Qu’il est devenu silence — et donc impossible héritage. C’est à ce silence que la pièce donne voix. Aujourd’hui, le silence fait du bruit. Quand nous avons ouvert le lieu, nous avons mis au coeur de notre reflexion la question : Qu’est ce qu’un lieu culturel qui se pose la question de l’accueil ? Cette question est ouverte... Notre lieu est propriété du Conseil général de la Seine-Saint-Denis qui pense que la réponse positive d’accueil de Jean-Jacques Hocquard est inadéquate. La ville n’a pas de solution. De réunions en réunions, il semble que le train des déportés ne trouve toujours pas de point d’accroche.