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Zones d’attraction

Quoi de neuf à l’école ?

30-11-12 Genevière Bédènes, Véronique Rivière, Arnaud Dubois, Anne-Laure Fourmont

Forum-débat organisé le 22 novembre 2012 dans le cadre du Festival des Evadés du bocal.

Ecouter la 1ère partie : interventions de Charlotte Hess et Valentin Schaepelynck (Zones d’attraction), de Geneviève Bédènes (Groupe de recherche en pédagogie institutionnelle), de Véronique Rivière (directrice de l’école de la rue Pajol), d’Arnaud Dubois et Anne-Laure Fourmont (Groupe de pédagogie institutionnelle de Paris).

Ecouter la 2ème partie : débat avec la salle.

Ecouter la 3ème partie : débat avec la salle.

Nous sommes particulièrement heureux d’être ici aujourd’hui, car la première édition du festival en 2011 s’était entièrement déroulée au Lieu-Dit, c’est donc un lieu important pour nous. Cette année, la première partie s’est tenue au LMP, rue Léon au coeur de la Goutte d’or, et la dernière journée, qui sera une sorte de bouquet final autour des gestes instituants, s’y tiendra. Aujourd’hui c’est le premier événement de cette deuxième édition à se dérouler au Lieu-Dit. Nous tenons donc à remercier encore une fois chaleureusement Hossein Sadheigui pour son accueil. Le collectif des Evadés du bocal est une connexion d’hétérogènes : il se compose de psychiatres, de patients, de fous à temps partiel ou à temps complet, de philosophes, d’artistes, et d’autres qui cumulent certains de ces attributs ...

Le festival des Evadés du bocal ou plutôt “foustival” propose différentes formes d’événements autour de l’hospitalité pour la folie dans la cité avec ce souci de toujours déconstruire les étiquettes et les perspectives sécuritaires que l’on pose sur la folie ou la dite maladie mentale, à travers des conférences, des performances, des débats, des projections. Il s’agit d’aborder la folie comme une question qui nous concerne tous, qui renvoie à l’ensemble du champ social. Durant un mois, nous parlons donc beaucoup de psychiatrie, de psychothérapie institutionnelle, de folie, de résistance à la médicalisation des comportements, d’autisme, mais aussi cette année de psychanalyse et de queer. Samedi, on a même dansé le tango pour interroger les normes instituées du masculin et du féminin et les mettre au travail.

La question des normes est ainsi centrale et elle est interrogée dans la mesure où elle traverse des espaces sociaux et aussi des institutions différentes. Il nous a semblé cette année que notre dérive ne pouvait faire l’économie d’une d’entre-elle et non des moindres à savoir : l’école. En effet, la psychiatrie, nous n’y passons pas tous. L’école, nous sommes en revanche tous concernés. C’est un passage obligé. Et pourtant, curieusement, on en parle tellement qu’on en parle plus du tout : on communique beaucoup sur elle, on ne parle même que de ça tout le temps, quantité de paroles d’experts, des sociologues, des journalistes ou des ministres, nous traversent sans cesse, et ce bruit nous fait oublier d’interroger, de nous étonner que quelque chose comme l’école existe et ce qu’elle nous fait. Mais que s’y passe t-il vraiment ? Que peut-on encore attendre de l’école ? Que peut-on expérimenter dans un espace aussi normé, qui semble tellement acharné à sa propre reproduction ? Quels gestes instituants peut-on inviter dans ce lieu de passage obligé pour éviter la souffrance, la casse ou encore ce qu’on appelle l’échec scolaire, pour construire un autrement possible ?

C’est pourquoi face aux questionnements auxquels l’école nous engage, nous avons souhaité inviter aujourd’hui des praticiens de la pédagogie institutionnelle. En effet, nous ne souhaitons pas interroger l’école uniquement parce qu’elle serait, comme la psychiatrie, une institution, mais plutôt dans la mesure où des praticiens de l’école repensent l’institution non seulement du point de vue des ambitions proclamées des établissements, mais en essayant de transformer et d’agir sur l’institué, non pas à travers une "grande" révolution, mais avec les moyens du bord, à bricoler des possibles au gré des gestes quotidiens, de gestes instituants...

Il n’est pas inutile de rappeler que l’expression “pédagogie institutionnelle” a été proposée par le psychiatre Jean Oury à son frère instituteur, Fernand Oury lors d’un congrès de l’école Freinet en 1958. Au départ, il y a donc ce partage avec la psychothérapie institutionnelle. Ce partage passe notamment par un certain rapport à la psychanalyse, qui en fait une ressource critique des pratiques. Dans la classe il n’y a pas que des savoirs et des êtres de raisons qui vont ingurgiter des contenus, il y a aussi une rencontre des inconscients.

Ce partage, cette transversalité entre les deux orientations se retrouve aussi dans une certaine conception de l’institution : l’institution n’est pas que du côté de l’institué, autrement dit de ce qui est stabilisé, établi, structuré, figé, mais elle révèle une plasticité qui peut être agie et agitée. L’institution c’est aussi l’instituant, autrement dit les règles et les normes d’action que l’on parvient ensemble à instituter pour qu’un être-ensemble soit possible. On rappelle souvent que le mot d’ordre de la psychothérapie institutionnelle est qu’il faut “soigner l’institution”. Cela signifie, entre autres, que le soin psychique ne se conçoit pas en-dehors d’un questionnement et d’une réinvention permanente de l’institution et de ses outils par les acteurs.

Comme ceux de la psychothérapie institutionnelle, les protagonistes de la pédagogie institutionnelle, pensent les institutions comme des inventions : les institutions, ce sont aussi les cadres, les outils collectifs, les bricolages que les enseignants et les professionnels amènent dans leurs salles de classe pour sortir d’une logique purement oppressive, pour interroger leurs propres réactions, pour penser et prendre en compte la violence normative de l’institution elle-même ou parfois même parvenir à penser les difficultés qu’ils rencontrent dans leur métier.

Il ne s’agit pas d’un mouvement ou d’une doctrine.

D’ailleurs, au-delà de l’hétérogénéité des groupes de PI, la “marque” psychanalytique n’est pas l’apanage de tous puisqu’en 1964, sous l’impulsion de Raymond Fonvieille, une autre perspective de la pédagogie institutionnelle, d’orientation autogestionnaire et aux accents plutôt sociologiques, s’est développée avec la complicité de sociologues comme René Lourau ou Georges Lapassade.

La pédagogie institutionnelle renvoie donc à des appropriations et des interprétations diverses, hétérogènes, en fonction des terrains et des situations. Elle se territorialise dans des lieux singuliers. C’est pourquoi il nous a paru important aujourd’hui de proposer à des intervenants différents de venir parler de leur appropriation de la PI, de leur rapport à ses outils. Cette soirée s’inscrit dans un questionnement que nous menons aussi dans le cadre de notre collectif Zones d’attraction sur les gestes instituants : comment les acteurs parviennent à introduire de l’instituant ordinaire dans leurs pratiques, comment ils parviennent à faire bouger l’institué mais aussi comment ce bougé ne concerne pas seulement leur métier mais plus largement le champ social et ce qu’on peut y inventer. Partir de ces micropolitiques pour nous demander : Quelles relations tisser avec d’autres expériences institutionnelles, dans la psychiatrie, le travail social ? Comment ouvrir ces dedans institutionnelles si opaques à un dehors, à la polyphonie du champ social, pour qu’ils redeviennent l’affaire de tous ?